janvier 18 2018

#JeudiAutoEdition N°16 – Christophe Martinolli

Aujourd'hui, à l'occasion du #JeudiAutoEdition, c’est Christophe Martinolli qui a accepté de répondre à mes questions.

Tout d’abord, pourrais-tu te présenter à mes lecteurs ?

Je suis né à Nice en 1978, où j’ai très tôt eu envie de raconter des histoires et d’orienter mes études en ce sens. Dès le lycée, lorsque j’étais en option cinéma et audiovisuel, j’écrivais beaucoup : des poèmes, des nouvelles, des scénarios sur du vrai papier. Puis à 18 ans j’ai eu un PC personnel, et je n’ai plus jamais touché un stylo pour écrire, autrement que pour prendre de simples notes. J’ai ensuite poursuivi mes études en m’expatriant à Lyon, puis à Paris, jusqu’en Master Cinéma. Aujourd’hui je suis scénariste de télévision et de cinéma, c’est mon métier depuis une dizaine d’années. Depuis peu j’écris aussi pour la bande dessinée, qui est une discipline cousine. Enfin, j’ai renoué avec mes tout premiers amours, l’écriture en solitaire pour le livre il y a un an quand j’ai découvert l’autoédition.

Pourrais-tu maintenant présenter ton univers et tes romans ?

J’ai un univers très éclectique, ma filmographie et bibliographie peuvent en témoigner : je peux tout aussi bien écrire des histoires ultra-réalistes et engagées pour défendre les droits des femmes, ou bien écrire des bandes dessinées de thrillers psychologiques sur fond de film catastrophe. En ce qui concerne les romans, j’ai écrit pour le moment une trilogie de thrillers politiques sur fond de dystopie.

Pourquoi avoir choisi l’auto-édition ?

En premier lieu pour la liberté. Et c’est un vrai choix, pas un choix par défaut. Je suis scénariste pour le cinéma et la télévision, ça veut dire que je dois en permanence rendre des comptes aux auteurs avec qui je travaille, aux directeurs littéraires, aux producteurs. Pareil pour l’édition classique en bande dessinée, même s’il y a moins d’intermédiaires, je dois plaire au directeur de la collection, puis à la direction éditoriale. J’adore travailler comme ça, en groupe, car je pense qu’on est plus forts à plusieurs. Mais pour le roman, j’avais envie de me retrouver seul, complètement seul, sans personne. J’avais envie de me retrouver comme lorsque j’étais adolescent devant mes papiers. L’autoédition, c’est la liberté totale avec un contact direct et sans filtre avec ses lectrices, et lecteurs. C’est la possibilité d’avoir un lien direct et personnalisé avec vous. J’ai créé deux comptes spécialement dédiés à la promotion de la trilogie sur Facebook et sur Twitter. Le compte Twitter est suivi par plus de 700 personnes maintenant, je trouve ça fou et génial ! Les avantages financiers, et pas des moindres, ce sont les redevances qui sont beaucoup plus importantes qu’à compte d’éditeur, et surtout, et c’est très important pour moi qui suis scénariste : je conserve la totalité des droits d’adaptation audiovisuel. Les inconvénients, c’est qu’en terme de publicité, il est très compliqué de toucher un maximum de gens avec un tout petit, petit budget. C’est donc le bouche à oreille qui fonctionne. Parfois, on a la chance d’avoir un papier, une chronique faite par une personne influente sur la toile, et l’effet est immédiat. En revanche, comme la trilogie n’est pas distribuée en librairie contrairement à mes bandes dessinées, il est difficile (pour le moment en tous les cas) d’intéresser des journalistes de médias Mainstream. L’autoédition doit pouvoir encore faire émerger quelques autrices et auteurs importants pour que le regard des grands influenceurs change. En revanche pour les lectrices et lecteurs, il n’y aucune différence. Les lectrices et lecteurs d’autoédités ont le pouvoir de faire naitre des autrices et des auteurs et c’est formidable ! Chaque jour je lis leurs commentaires, leurs retours, c’est une vraie synergie et c’est très important, car sans eux, je ne suis rien.

Quel est ton point de vue sur l’édition classique ?

En tant qu’auteur édité et autoédité, je pense que les deux sont complémentaires et n’offrent pas les mêmes possibilités. Je pense sincèrement que c’est l’œuvre elle-même, au-delà des envies particulières de l’auteur comme c’est le cas pour moi, qui trouve sa place dans l’édition ou l’autoédition. En autoédition la liberté est totale, et elle peut aussi faire peur, car il n’y a aucun filtre, personne pour vous dire que vous allez dans la mauvaise direction (hormis le cercle privé qui n’est en général pas objectif). L’édition classique offre une plus grande publicité, et le démarrage d’un livre est plus fort : c’est un sprint, alors qu’en autoédition c’est une course de fond. Là où pour un premier roman un éditeur va éditer et vendre 500 exemplaires en un an, il faudra deux ou trois ans pour arriver à ces chiffres en autoédition. La différence ensuite c’est que si l’éditeur ne veut plus le rééditer, il a le droit et vous ne pouvez plus rien faire pendant la durée du contrat qui s’étale sur des dizaines d’années ! Alors qu’en autoédition vous êtes libres de vos droits ad vitam. L’édition classique va vous rapporter un minimum garanti, c’est une somme que vous touchez sur les ventes à venir, et ensuite l’éditeur se rembourse de cette somme sur les ventes. Alors qu’en auto-édition, ce sont vos lecteurs qui vous payent directement. Là encore, la comparaison entre le sprint et la course de fond prend tout son sens.

Comment t’es venu l’idée de Corps d’état ?

Je suis fan de thrillers politiques et lorsque j’ai écrit les premières versions quand j’étais étudiant, il n’y avait pas ce type de fictions à la télévision française, ni au cinéma. Pour les trouver, il fallait voir des films américains comme Ennemis d’Etat, et L’interprète ou des films français plus vieux comme l’excellent I comme Icare de Henri Verneuil. J’avais une vingtaine d’années et je souhaitais apporter de nouveaux sujets à la télévision française. J’ai donc écrit une première version sous forme de scénario, et sous un autre titre : Des Hommes d’État. J’avais fait un concours d’écriture prestigieux en 2009, et j’avais été sélectionné par la Fondation Jean-Luc Lagardère, parmi les dix derniers finalistes pour défendre à l’oral ce projet. Je n’avais pas reçu le grand prix, mais ce fut une expérience extraordinaire ! Le projet ne s’est jamais fait à la TV, probablement parce que j’étais beaucoup trop jeune, et ensuite je l’ai mis au placard… pendant des années. Mon expérience s’est ensuite étoffée, et je me suis mis à écrire de la bande dessinée en plus des films, et l’univers du livre s’est ouvert à moi.

Avais-tu prévu dès le départ que Corps d’Etat serait une trilogie ?

Non, le projet initial correspond au volume 1 de CORPS d’ÉTAT, et c’est un pur thriller politique. C’est seulement quand j’ai eu d’excellents retours de la part de chroniqueurs passionnés comme toi, que j’ai eu envie de développer cette histoire, de la rendre plus actuelle, et de l’orienter vers des choix plus intimes et personnels. C’est pour cette raison que j’ai pris le parti de raconter l’histoire du point de vue de Claire, plus tard dans le temps, et d’aller vers l’anticipation et la dystopie. La trilogie tricolore est donc née grâce à l’autoédition et à vous toutes et tous.

D’autres projets après Corps d’Etat ?

Oui, j’ai très envie de vous surprendre et j’écrirai probablement une série de romans dans un univers totalement différent ! C’est un univers qui me tient à cœur, et que je sais que je ne peux pas développer en télévision ou en bande dessinée. En revanche, vous le lirez comme CORPS d’ÉTAT, c’est à dire avec un univers riche en images, et en action, car c’est ma façon d’écrire.

As-tu proposé Corps d’Etat à des maisons d’éditions ? Et si oui, quels ont été leurs réactions ?

Je l’ai envoyé à deux maisons d’édition et les retours ont été positifs, mais ils ne l’ont pas pris parce que les romans étaient trop courts : 130 pages c’est trop peu pour l’édition classique, car ils veulent 45 000 signes minimum. Il fallait donc rajouter du gras, et délayer, et je n’y tenais pas, mais alors vraiment pas. J’ai pris conscience que le roman court avait donc toute sa place, légitime, en autoédition à moins de 10 € dans sa version imprimée. Je suis persuadé que la lecture flash, popcorn, qui se dévore, est un créneau porteur pour les lectrices et lecteurs d’aujourd’hui. C’est un format qui me plait énormément et donc je continuerai sur cette voie.

Quel (ou quels) conseil(s) donnerais-tu à un jeune auteur qui voudrait se lancer dans l’auto-édition ?

Je lui dirai d’être très présent sur les réseaux, de prendre contact avec des blogueurs, car l’auteur autoédité n’est pas seulement auteur : il est aussi éditeur, correcteur, designer graphique, attaché de presse, représentant, libraire, community manager… La partie écriture pure est donc réduite au maximum. Il ne faut pas hésiter à sauter dans le grand bain ! Mais avant, il faut faire lire son texte à au moins trois personnes de confiance pour corriger les fautes (c’est un écueil dans lequel je suis tombé au tout début). Garder à l’esprit qu’il n’y a rien de grave, car en auto-édition on peut faire autant de mise à jour qu’on veut ! J’ai dû améliorer mon premier tome une bonne vingtaine de fois depuis sa sortie, ça va de la correction mineure, à l’ajout de chapitres neufs ! Je trouve ça vraiment formidable ! Dans tous les cas, il ne faut pas hésiter, les outils numériques à notre disposition sont gratuits et illimités, lancez-vous !

Un dernier mot pour la fin ?

Merci à toutes celles et ceux qui ont découvert mes histoires, ou qui vont le faire !

Encore un grand merci à Christophe pour cette interview très intéressante. N'hésitez pas à jeter un coup d'oeil à mes chroniques de Corps d'Etat.

En attendant, rendez-vous demain pour un Flashback Friday Livresque et jeudi prochain pour un nouveau #JeudiAutoEdition et une nouvelle interview d’auteur Indé.




Ecrit 18 janvier 2018 par Jonattend dans la catégorie "#JeudiAutoEdition", "Christophe Martinolli", "Interview

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