janvier 4 2017

Mes 5 Coups de Coeur 2016

1. La Trilogie des Affligés de M.I.A

Une trilogie que j’ai adoré du début à la fin, qui m’a fait faire un long et beau voyage et qui m’a fait ressentir des trucs pas possibles. En règle plus général c’est pour M.I.A eux-mêmes que j’ai eu un coup de coeur et chacun de leur roman est une pure merveille. Ils sont même devenus, cette année 2016, mes auteurs préférés.

Lire les Chroniques : Les Affligés – Volume IVolume IIVolume III / Remoras / La Trappe / La Faille : Volume IVolume IIVolume III / Max

2. Ruines de Sophia Laurent

Alors, je n’ai malheureusement pas encore lu le dernier volet de la trilogie (oui, oui, je ne sais franchement pas ce que j’attends en fait…) mais les deux premiers ont été une formidable découverte et font largement partie de mes romans préférés de l’année. Je n’ai pas encore lu assez de roman de Sofia, mais je pense qu’elle va vite devenir l’une de mes auteures préférées également.

Lires les Chroniques : Tome 1Tome 2

3. Question de Temps de E.R. Link

Mélange de Fantasy, de Science-Fiction, d’aventures de pirates et de voyage dans le temps, franchement, que demander de plus ? Franchement tout ce que j’ai à dire c’est que si vous n’avez pas encore lu ce roman, vous ne savez vraiment pas ce que vous ratez !

Lire la Chronique

4. La Troupe de Frédéric Meurin

Une très belle surprise pour moi, je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre, mais je n’ai pas été déçu. Un roman très émouvant que j’ai adoré.

Lire la Chronique

5. Temps Mort de Kathy Dorl et Mpi Bardou

Une pure drôlerie, il ne s’est pas passé un chapitre sans que je sois mort de rire, cet humour noir m’a plus que plus et je ferais tout pour découvrir un peu plus l’univers de ces deux auteures, cette année.

Lire la Chronique

Je pourrais également citer tous les autres qui ont failli être des coups de coeur, qui étaient vraiment presque parfaits, mais la liste seraient trop longue, je n’ai simplement quasiment pas eu de déception cette année donc un grand grand merci aux auteurs que j’ai pu lire.

J’aimerais également parler de ces auteurs que j’ai pu “rencontrer” virtuellement, un peu ou beaucoup, et qui sont d’une accessibilité et d’une gentillesse sans pareil. Je ne veux pas faire de jaloux donc je ne cite personne en particulier, mais je vous adore <3

Également, je remercie tous et toutes ces blogueurs avec lesquels je suis en contact, vous êtes géniaux <3

En espérant, que 2017 soit elle aussi remplit d’aussi belles lectures, mais je n’en doute pas une seule seconde !

décembre 19 2016

Les Affligés – Volume 3

Le Roman

Auteurs : M.I.A

Titre : Les Affligés – Volume III : Révélation

Édition : Éditions Hélène Jacob

Collection : Fantasy

Date de parution : 19/12/2016

Genre : Fantasy

Nombre de Pages : 313

Résumé : Après un long périple à travers la région hostile d’Undin, durant lequel Naryë et ses compagnons ont franchi une succession d’obstacles, tous ont rejoint Ulemus, étape ultime de leur voyage commencé presque cinq mois plus tôt.
Leur objectif : atteindre la huitième strate, située sous les plus anciennes ruines de la Ville Interdite, en espérant y trouver de quoi combattre l’Affliction et la perte progressive du Don.
Avec l’aide des trois Protecteurs envoyés par Coline et celle d’Aremun, le familier de Senbi, le groupe s’engage dans une descente semée d’embûches. L’obscurité oppressante, les gouffres mortels, les secousses provoquées par le volcan Jawah et la troupe de mercenaires lancée à la poursuite des quinze voyageurs sont autant de difficultés à surmonter.
Tandis que l’épuisement, la soif et la peur s’emparent d’eux, une mystérieuse créature apparemment invincible les prend en chasse.
L’Observatrice et ses alliés n’ont d’autre choix que de fuir vers les profondeurs, sans pouvoir utiliser pleinement leur magie, au risque d’y perdre leur santé mentale.
Car l’ivresse du Don ronge les membres du groupe, un à un, et ils ne disposent que de quelques heures pour accomplir leur destinée.
En bas, dans les ténèbres, la cause originelle des temps sombres attend de leur être révélée.
Mais quel prix devront-ils tous payer pour satisfaire la vision de Naryë ?
Après « Isolation » et « Désolation », « Révélation » est le dernier volume de la trilogie Fantasy de M.I.A, « Les Affligés ».

Les auteurs


Pseudo : M.I.A

Nombre de Romans : 9

Site Internet

Facebook / Twitter / Instagram / Youtube

Page Amazon


 

 

Courte Bio : Le pseudo M.I.A (Missing In Action) concrétise la rencontre de deux amis passionnés de littérature, de cinéma, et d’actualité politique, pour ne citer que quelques points communs évidents.
Notre méthode de travail est particulière car près de 1500 kilomètres nous séparent : qui pourrait penser que nos livres ont été intégralement imaginés et rédigés à distance ?
Hélène vue par Sébastien / La mise en musique des idées, c’est elle, la solution aux défis rhétoriques et techniques, c’est encore elle !
Si Rémoras est si facile à lire, ce n’est pas parce que le sujet est simple – loin s’en faut – mais parce qu’elle a été une chef d’orchestre à la plume redoutable !
Sa passion des mots et des idées, sa capacité de travail incroyable et son souci du détail en font une alliée de rêve pour une aventure comme celle-ci.

Sébastien vu par Hélène / Vous lui devez toute l’authenticité du roman : le choix des armes, c’est lui ; les stratégies mises en place, c’est encore et toujours lui ! Et surtout, il est à l’origine du projet, de l’idée initiale qui a permis à cette histoire de se construire.
Passionné, engagé, curieux et critique : je pense que ce sont les meilleurs qualificatifs que je peux employer pour parler de lui

La Chronique

Aujourd’hui, je vous présente le très attendu troisième et dernier Volume des Affligés de M.I.A, que j’ai eu l’immense chance de lire (dévorer) avant sa sortie officielle.

Dans le Volume I, les chapitres débutaient par un extrait d’archive de Dor Thimlin. Ces archives étant arrivées à leur terme, ce sont des flash-back qui ponctuaient le début des chapitres du Volume II. Je pensais qu’il serait de même avec ce dernier volume, mais que nenni, nous découvrons ici des événements vieux de quatre-vingt-cinq ans, se déroulant pendant “le mois des décisions” et racontant en fait l’histoire de la chute de la république. En plus d’être passionnants, ces interludes permettent d’augmenter un suspens déjà bien présent, nous donnant envie de tout simplement dévorer ce roman.

Alors oui, nous sommes dans un roman de Fantasy, mais avant tout, dans un roman de M.I.A. Et un qui dit M.I.A, dit analyse de notre société et tout y passe, de la politique à la religion. Le duo nous donne encore une fois de nombreux thèmes sur lesquels réfléchir et ça fait du bien. Il est par ailleurs assez étonnant de reconnaître certaines scènes qui pourraient très bien faire la une des actualités aujourd’hui. Démocratie, réforme de l’enseignement et j’en passe.

J’ai parfois eu du mal à m’orienter ou même à m’imaginer le sous-sol d’Ulemus, mais je pense que c’était intentionnel, nous mettant dans le même état de désorientation que nos héros. Paradoxalement, certaines scènes sont si parfaites que l’on a l’impression d’avoir le décor sous les yeux.

L’ambiance est d’ailleurs l’un des points positifs du roman. Alors que dans le Volume I, plusieurs mois s’écoulaient, dans le Volume II, seulement quelques semaines, ici, ce ne sont qu’une trentaine d’heures qui s’écoulent, mais elles semblent durer une éternité, aussi bien pour le lecteur que pour les personnages, bravo aux auteurs.

Il est impressionnant de voir à quel point les personnages ont évolué au fil des romans et à quel point leurs relations entre eux paraissent si réelles et touchantes. Le nombre des personnages est assez élevé, mais ils restent tous attachants, à leur manière.

J’ai une nouvelle fois beaucoup aimé la relation entre Senbi et Aremun, son familier et j’ai particulièrement aimé le chapitre ou les événements étaient perçus du point de vue du lynx.

Le titre nous promet des révélations, et bien promesse tenue, nous découvrons enfin les réponses à la plupart des questions que nous avons pu nous poser et c’est très agréable, surtout que certaines d’entre elles sont assez surprenantes.

Après neuf romans de M.I.A, et encore plus pour cette fin de trilogie, je me suis préparé à l’avance à accueillir les derniers chapitres, ce qui ne m’a pas empêché d’être surpris une neuvième fois, ne pouvant empêcher quelques larmes de couler arrivé à l’avant dernier chapitre. J’ai rarement éprouvé autant d’émotion à la lecture d’un roman, tant j’étais attaché à l’histoire et aux personnages. Merci M.I.A pour cette magnifique trilogie et pour tout ce que vous faites.

Franchement, si vous avez déjà lu les deux premiers volumes, foncez lire cette conclusion magistrale, et si ce n’est pas le cas, n’attendez pas une seconde de plus et courrez lire le premier tome, vous ne serez pas déçu ! (Voir les chroniques du Volume I et du Volume II)

Pour conclure, M.I.A signe une nouvelle fois un roman quasiment parfait qui en plus de nous faire réfléchir, nous plonge dans un monde imaginaire plein d’action et d’aventure absolument passionnant avec des personnages variés et attachants. Encore en plus, ils nous font (bon, moi en tout cas ;p ) ressentir une multitude d’émotions, tellement le ton est juste et que ce roman est écrit avec le coeur. Je le confirme une nouvelle fois, M.I.A sont mes auteurs préférés et ce n’est pas près de changer. Un grand merci à eux.

Concernant la couverture, le travail de Jérémy Cali est toujours irréprochable et colle parfaitement, une fois de plus à ce dernier volume des Affligés.

Les Citations

Ces imbéciles ne comprennent pas qu’ils se font embobiner et que ça dure depuis des années. L’Assemblée les laisse croire qu’ils ont leur mot à dire, mais elle est assez persuasive pour les pousser à adopter son point de vue. Les gens viennent, écoutent, posent deux questions, formulent trois propositions minables… Tout ça pour accepter à la fin ce que les Observateurs voulaient leur imposer dès le départ. Et nous, les autres guildes, on nous invite pour donner l’impression que toute cette mascarade a du sens. Nous ne devrions plus venir, c’est un tort de cautionner tout ça, c’est pareil chaque fois.

À une autre époque de sa vie – si proche et pourtant déjà si lointaine –, l’homme défiguré lui aurait certainement inspiré du dégoût et du mépris. Une envie de rejet. Aujourd’hui, Caradog contemplait le visage ravagé avec indifférence et ne voyait en Willarg qu’un compagnon comme les autres. Sa propre absence de réaction n’en finissait pas de le surprendre. En cinq mois à peine, il s’était transformé, sans même l’avoir clairement désiré.

Son propre statut l’avait toujours protégé du tirage au sort mensuel et il n’en avait jamais connu que le principe, sans trop s’y intéresser. Quelques anonymes de moins ne représentaient qu’un petit prix à payer pour garantir, en échange, son confort à la République. Mais cet aveuglement venait de se dissiper en quelques minutes. Aujourd’hui, Vorn avait la sensation d’émerger d’un long sommeil.

Aremun n’éprouvait le besoin de tuer que pour se nourrir, respectant ainsi ce que sa nature profonde lui commandait. Il était certes un animal invoqué grâce au Don, plus grand que la normale et taillé pour protéger physiquement un humain, mais cela n’empêchait pas Senbi d’avoir mauvaise conscience. Par loyauté envers elle, il acceptait de renier ses instincts simples, nobles et de se transformer en prédateur vicieux. Devoir lui imposer un tel comportement attristait l’Invocatrice.

Un collègue Manipulateur lui avait confié, ce matin, qu’on n’avait pas vu un seul enfant de notable monter dans un chariot en partance pour la presqu’île depuis bien longtemps. Même Lagam « arrangeait » les résultats de sa loterie mensuelle, en « oubliant » certains noms qui auraient dû figurer sur la liste des jeunes présélectionnés pour le tirage au sort. Cette information avait choqué Vorn. Il connaissait bien mal sa propre ville, finalement. Et il s’était surtout voilé la face pendant des années ; un acte lâche qu’il n’arrivait pas à se pardonner. En tant que porteur du Don, n’était-il pas censé honorer les dieux, en se montrant exemplaire ?

Vorn n’avait jamais ressenti cette brûlure au fond du ventre. Sa poitrine lui semblait trop étroite pour contenir les battements de son cœur et il respirait péniblement.
Qu’un autre être humain puisse le mettre dans un état pareil le ravissait et l’effrayait en même temps.

Le lynx, pour sa part, estimait que toutes les ruines se ressemblaient et que l’appellation n’avait pas beaucoup de sens. Les humains semblaient éprouver le besoin de nommer et quantifier la moindre chose, c’était parfois déroutant.

Sa mémoire ancestrale et collective l’incitait à se méfier des hommes. Des milliers de familiers avant lui avaient pu constater les défauts de cette espèce qui se pensait supérieure.

Le sous-sol d’Ulemus n’en finissait pas de le surprendre. Dans cette zone synonyme de dévastation et de mort, la nature continuait de vivre avec insouciance, quitte à le faire au plus profond de la terre, en toute discrétion.

L’amour avait ceci de cruel qu’il semblait se décupler sous l’effet de la perte.

juillet 30 2016

Les Affligés – Volume 2

23-les-affliges-tome-2Titre : Les Affligés – Volume 2 : Désolation

Édition : Éditions Hélène Jacob

Collection : Fantasy

Date de parution : 04/07/2016

Genre : Fantasy

Nombre de Pages : 358

L’histoire du Volume 1 était restée dans ma tête longtemps après sa lecture et je ne pouvais pas m’empêcher de comparer tout ce que je lisais à ce roman, encore plus quand il s’agissait de fantasy. C’est donc avec un plaisir non dissimulé que j’ai commencé la lecture de ce deuxième opus et c’est avec le même plaisir que je vous présente cette chronique 😉

Avant tout, le book trailer (que je trouve très réussis), pour vous faire une idée de l’histoire :

Le petit résumé du volume précédent au début de ce deuxième tome est vraiment une bonne idée et en plus, il est très bien construit.

Alors que le premier volume nous faisait faire un voyage de presque quatre mois, nous ne restons ici que deux semaines, ce qui intensifie évidemment tous les événements et accélère le rythme du roman. Mais nous n’avons pas non plus une impression de trop grande rapidité, puisque nos héros sont séparés et que nous suivons donc les périples de chaque groupe, les uns après les autres. De plus, pour nous permettre de “souffler” un peu, tous les chapitres débutent par un “flash-back” concernant le passé d’un personnage et parfois, par extension, un événement marquant de Dor-Thimlin. Et franchement, c’est vraiment passionnant, tout autant que l’histoire se déroulant au “présent”

Il est aussi très intéressant de voir les différents comportements des personnages, suite au naufrage et à leur séparation. Des réactions parfois même opposées à leur caractère, mais qui sont tout à fait compréhensibles dans une telle situation. Les nouvelles dynamiques entre les personnages sont également très plaisantes.

Certains de nos voyageurs (deux en particulier) me rappellent vaguement des personnages de Game of Thrones, sans les singer bien sûr et seulement par petites touches.

Il est vraiment agréable de “rentrer” dans la tête d’un nouveau protagoniste à chaque chapitre, nous permettant d’avoir des points de vue différents et de mieux cerner la personnalité de chacun.

L’ajout des “Protecteurs” est également très intéressant et intrigant et j’espère qu’on en apprendra plus dans le dernier volet.

J’ai personnellement adoré l’histoire du “Familier”, je ne vous en dirai pas plus pour ne pas vous spoiler, mais je trouve cette “intrigue” particulièrement intéressante et surprenante, j’adore quoi !

Le style d’écriture est fluide et agréable et nous permet de rentrer parfaitement dans l’histoire puisque, comme à son habitude, la plume de M.I.A sait se faire oublier (oui, oui, Hélène, j’ai été très attentif aux vidéos de Tuto Bar :p mais ça n’en est pas moins tout à fait sincère et je comprends même mieux ce que vous vouliez dire dans ce fameux tuto 😉 ).

La fin est plus ou moins frustrante puisqu’on ne veut pas quitter cette histoire et qu’on aimerait connaître la suite sans attendre. Je n’ai qu’une seule chose à dire : hâte d’être en décembre pour découvrir le Volume 3.

En bref, quel bonheur d’avoir retrouvé Naryé et ses compagnons pour une deuxième aventure, différente, mais tout aussi réussie que la première. L’histoire et les personnages sont passionnants et le tout est orchestré à merveille par M.I.A. Je crois qu’on peut dire que je suis devenue accro à cette trilogie et il me tarde de pouvoir lire la suite.note_10

Lorsque j’ai découvert la couverture de ce deuxième Volume, quelques mois avant sa sortie, j’ai été très surpris car, elle ne ressemblait pas vraiment à l’idée que je m’en étais fait. Elle est mille fois plus belle ! Et elle correspond à la perfection à l’histoire. Un grand bravo à Jeremy Calli, le graphiste officiel des Éditions Hélène Jacob qui fait vraiment un travail exceptionnel sur tout leur catalogue. Je vous invite d’ailleurs à aller visiter son site internet.note_couv_10

Citations

— Mais c’est un goéland ! Les goélands n’attaquent pas les humains !
— Eh bien, dis-le-lui ! Parce qu’il n’a pas l’air de le savoir !

Le Guérisseur découvrait de ses propres yeux les talents du forgeron. Il se sentait étrangement impressionné. Il connaissait la réputation du nain, comme chaque membre du groupe, mais le regarder pratiquer son métier constituait une toute nouvelle expérience. Dépourvu de son habituelle jovialité et de son humour caustique, Xenophanes prenait une autre dimension aux yeux d’Apis. Celle d’un homme avec qui il fallait compter.

La tempête assourdissante ; l’eau glacée qui remplissait le bateau et engourdissait ses jambes ; les appels, de plus en plus faibles, de ses compagnons présents dans la seconde embarcation ; les cris de Caradog, qui tentait de lui décrire les événements tout en luttant contre l’inévitable.
La scène, dans l’obscurité totale qui l’emprisonnait, avait été la pire expérience de sa vie.

Mes parents croyaient fermement que le Don trouvait de lui-même la personne digne de l’accueillir, que l’essentiel était déjà en elle et que la magie ne faisait que révéler ses dispositions.

— Mais… comment tu peux en être sûre ?
Elle rit aux éclats en montrant le ciel du doigt.
— Comment sais-tu que le soleil se couchera bien ce soir ?
— Bah… Je le sais, c’est tout.
— Voilà, tu as ta réponse…

juillet 27 2016

Interview M.I.A – Les Affligés

Pour cette dernière semaine, Hélène nous parlera de la dernière trilogie de M.I.A, Les Affligés. (Je vous rappelle que Sébastien n’était pas disponible pour répondre aux questions, c’est donc Hélène, avec son accord qui s’en est chargé depuis le début du mois.)

1. Pourriez-vous dans un premier temps nous présenter votre dernière saga ?

Alors, il s’agit cette fois d’une trilogie de Fantasy (dark fantasy, pour être précise), située dans un monde imaginaire, mais très proche de notre monde normal à l’époque moyenâgeuse, malgré la présence d’éléments magiques ou inexplicables.

Nos thèmes de prédilection y sont abordés : politique, société, gestion du pouvoir, avenir de l’homme, place de l’individu au sein des enjeux collectifs, etc.

2. Pourquoi avoir choisi la Fantasy pour cette nouvelle trilogie ?

Alors, pour faire simple, je vous propose de vous référer à cet article dans lequel j’ai expliqué notre choix, car ma réponse ici va sinon être d’une longueur intolérable ! 🙂 http://leblogmia.com/pourquoi-le-choix-de-la-fantasy-pour-les-affliges/

3. A-t-elle été plus compliquée à écrire et l’avez-vous abordée comme vos précédents romans ?

« La Faille » (et ses trois époques) avait déjà été un gros travail de préparation, principalement pour des questions de script et de temporalité, et nous pensions que rien ne pourrait être pire. Nous nous trompions… 🙂

Avec ses douze personnages principaux, ses six régions, son système d’archives dans le volume 1, sa gestion des flash-back dans les volumes 2 et 3, l’équilibre des guildes et des familles de Don, et j’en passe… « Les Affligés » est largement au-dessus de « La Faille » en termes de difficulté de préparation.

La trilogie précédente avait nécessité un gros fichier Excel à 6 onglets, nous sommes à 13 pour celleci, si je dois résumer cela. ^_^

4. Comme je l’avais abordé dans ma chronique, j’aime beaucoup le fait que cette histoire ne parle que d’humains (même si certains possèdent le Don). Pourquoi ce choix ?

Parce qu’il y a déjà des tas de livres (dont des très bons, d’ailleurs !) qui parlent d’orques, de gobelins, de trolls ou de dragons. Pourquoi suivre des chemins déjà tracés ?

Ce qui nous intéresse avant tout, c’est l’humain, sous toutes ses formes. Ses angoisses, ses dérives, ses convictions, ses erreurs et ce qu’il est capable de faire dans un monde à la dérive, quand il doit affronter ses propres démons ou ceux des autres.

Tous nos livres abordent des thèmes directement liés à l’état du monde réel et les détournent pour servir des intrigues et des genres différents à chaque fois. C’est sans doute pour cette raison que nos lecteurs nous disent toujours, quel que soit le titre qu’ils viennent de lire : « ah oui, on sent que c’est du M.I.A ». 🙂

5. En parlant des personnages, il y en a quand même beaucoup dans cette saga, a-t-il été difficile de tous les développer et lequel est votre préféré ?

En tout, la trilogie présente douze personnages principaux et une dizaine de personnages importants qui apparaissent au moins dans l’un des trois volumes, tout aussi essentiels pour l’intrigue.

Un tiers de notre préparation a donc consisté à nous focaliser uniquement sur eux, dans le moindre détail, pour que leur psychologie et biographie soit limpide à nos propres yeux, avant même d’écrire la moindre ligne. Comme nous le faisons toujours, nous nous assurons que nous les connaissons par cœur, afin de pouvoir les placer ensuite dans n’importe quelle situation.

Comme nous allions avoir de nombreuses interactions avec le passé de chacun (via les archives et les flash-back de début de chapitre), il fallait que tout soit détaillé en amont de la rédaction du premier volume, car toute l’intrigue repose avant tout sur eux, bien sûr, et qu’il est hors de question d’improviser quoi que ce soit dans une création de ce type.

Cette préparation a été longue, mais pas difficile, dans le sens où nous savions précisément ce qu’il nous fallait pour servir l’histoire, dès le début : des personnages tous très différents, malgré quelques points communs relatifs à leur guilde d’appartenance, et une situation initiale très variable. L’arc de progression de chacun a été établi dès la préparation globale, lui aussi.

Si l’on considère les douze héros principaux, nous avons donc une amplitude d’âge qui va de 9 à plus de 70 ans, des jumeaux, un nain, deux personnages dépourvus de Don, un père de famille, une orpheline, une femme garde du corps, etc. Certains ont été plus gâtés par la vie que d’autres, certains embrassent leur condition sans problème quand d’autres lui sont hostiles, certains sont sympathiques et d’autres le sont moins, tous n’ont pas le même rapport à la violence, au sort du pays, etc.

Je crois que nous avons tous deux une préférence fluctuante pour tel ou tel personnage, selon le moment de l’histoire. Apis et Naryë étaient peut-être nos personnages favoris au début du récit, mais aujourd’hui j’ai une affection particulière pour Gilar, par exemple, car nous lui avons donné des traits de caractère et un comportement qui sont voués à gagner en maturité et en courage au fil des tomes, malgré son égoïsme naturel dont les causes se révèlent peu à peu. Caradog est aussi un personnage dont l’évolution est fascinante, quand on regarde la première scène où il apparaît (sur l’île de Rochenoire), alors que nous savons exactement quel rôle il jouera à la fin du volume 3.

En vérité, je les aime tous, et je pense pouvoir répondre pour Seb en disant qu’il partage mon avis. 🙂

6. Et pour les différents « paysages » et lieux, comment procédez-vous pour leurs créations ?

Nous les avons tous créés en amont, avant l’écriture du volume 1, en bâtissant ce que le monde de Dor-Thimlin devait être pour justifier l’existence des guildes et des différentes familles de Don : cinq régions habitées très différentes et une région « Interdite » totalement hostile. Les décors ont découlé naturellement des besoins de l’histoire (politiques, sociaux, économiques, etc.) et inversement, en tenant compte de la rupture provoquée par l’arrivée des « temps sombres », un siècle avant le début du récit.

Détailler le climat, le relief, la végétation s’est fait en même temps que tout le reste, d’où la préparation par onglet dans un fichier Excel. Un jour, nous partagerons peut-être ce document, que nos lecteurs voient comment tout ça s’est élaboré… 🙂

7. On retrouve beaucoup de clins d’œil à d’autres univers de Fantasy, quels sont vos romans et auteurs favoris dans le genre ?

Évidemment, je mentirais si je ne parlais pas de Tolkien, de George R. R. Martin ou de Robin Hobb, que j’aime beaucoup. Mais comme il s’agit d’un genre de littérature que Seb ne connaissait absolument pas au moment du choix de notre futur projet, les risques d’emprunt ont été très réduits, car nous ne risquions pas d’être conjointement influencés par le contenu de ces livres ou par des « codes » déjà utilisés par d’autres.

En fait, le choix de ce genre est vraiment parti de mon affection pour l’univers Donjons & Dragons dans les jeux, plus que d’un livre en particulier (je parle de mon amour pour le jeu vidéo dans l’article cité plus haut), avec des influences très vastes qui reposent sur plus de vingt ans de pratique assidue dans de multiples catégories.

En avril 2015, j’ai commencé à jouer à Guild Wars 2, l’un des rares jeux vidéo de type MMROPG que je n’avais pas encore testés (j’y joue toujours actuellement, il est remarquable). L’envie d’inscrire la future trilogie M.I.A dans une ambiance empruntée à ce jeu a été le facteur déclencheur principal et de nombreux clins d’œil à GW2 sont présents dans la trilogie, afin de faire plaisir à mes propres copains de guilde. 🙂

Seb, pour sa part, a eu un rôle particulier dans cette préparation, puisqu’il apportait une forme de « naïveté » relative au genre et ne s’imposait aucune limite ou censure dans ses idées, ce que j’aurais peut-être fait de mon côté, en étant trop imprégnée par l’univers de la Fantasy. Parfois, je lui ai répondu « non, ça, c’est vraiment incompatible avec le genre » ou « ah, génial, voilà une façon originale de répondre à telle problématique, ça change de ce qu’on voit habituellement ».

Donc, en résumé, beaucoup d’œuvres favorites dans ce domaine, mais pas nécessairement ou principalement des livres, loin de là. Un lecteur a commenté le volume 1 en disant « Les amateurs d’ouvrages de Science-Fiction ou de Fantasy un peu anciens ne pourront s’empêcher de penser à certaines œuvres publiées à partir de 1972 par Marion Zimmer-Bradley ». J’ai trouvé ça intrigant (car je n’ai pas lu la série de livres dont il parle) et très élogieux. Je vais la lire prochainement, pour comprendre, mais pas avant d’avoir fini l’écriture du volume 3, afin d’éviter tout risque d’influence. 🙂

8. N’avez-vous jamais eu peur de perdre des lecteurs en changeant de genre ?

C’est un risque, mais il en vaut la peine. Je n’ai jamais bien compris les auteurs qui passent leur vie à s’inscrire dans un genre unique, ce qui fait que tous leurs livres finissent un jour par se ressembler un peu. Plus que le genre, je crois que c’est le thème qui crée la fidélité des lecteurs (vous qui avez suivi nos formations TutoBar, Jonathan, vous devez savoir qu’il ne s’agit pas du tout de la même chose ! 🙂 ).

Les lecteurs de M.I.A savent que nous abordons systématiquement des sujets qui dérangent ou qui n’ont rien de gai, que nous avons horreur des jolies fins où tout le monde est heureux dans le meilleur des mondes, et que nous aimons appuyer là où ça démange déjà un peu.

Nos thèmes principaux restent cohérents d’un livre à l’autre, à des degrés divers : pouvoir, vengeance, quête désespérée, intolérance, cruauté, résistance, rébellion, etc.

Le genre dans lequel nous les développons change afin de nous permettre une mise en scène et une plume différentes à chaque fois, avec des contraintes de style que nous nous imposons volontairement pour ne pas tomber dans la facilité et la routine.

Il serait quand même dommage qu’on se limite nous-mêmes, si l’on a des histoires à raconter, non ? 🙂

9. Il est peut-être un peu tôt pour en parler, mais avez-vous déjà une idée de votre futur roman ou saga après les Affligés ? Ce sera d’ailleurs votre dixième roman si je ne me trompe pas, bravo à vous !

Oui, nous avons déjà une liste de projets en attente, bien sûr.

Mais nous pratiquons l’alternance pour la décision finale et c’est Seb qui aura le dernier mot pour le choix suivant, en sachant que nous sommes d’accord pour un pur polar, a priori.

Par la suite, une seconde trilogie parallèle à celle des Affligés verra peut-être le jour, c’est prévu depuis le début, mais c’est encore incertain et à trancher. Le projet le plus « irrésistible » à nos yeux sera celui pour lequel nous opterons en octobre prochain.

Dans tous les cas, il est prévu que nous suivions notre rythme habituel de deux livres par an, avec effectivement un dixième opus en juin 2017. Nous sommes fiers et heureux de ce parcours, oui ! 🙂

Catégorie : Interview, M.I.A | Commenter
juillet 25 2016

La Faille – Volume 3

22-la-faille-tome-3Auteurs : M.I.A

Titre : La Faille – Volume 3 : L’espoir de Victor

Édition : Éditions Hélène Jacob

Collection : Science-fiction / Anticipation

Date de parution : 15/12/2014

Genre : Science-fiction / Anticipation / Dystopie

Nombre de Pages : 320

Nous voici aujourd’hui avec la chronique du dernier tome de “La Faille” qui boucle également “Le Cycle des Temps”, entamé par “La Trappe” et “Rémoras”. Alors, prêts pour un dernier voyage bien surprenant ?

Pour commencer, je vous conseille de lire “Rémoras” et “La Trappe” avant ce dernier tome de “La Faille” puisque plusieurs éléments de ces romans sont utilisés dans ce tome final qui comprend même un spoiler sur “La Trappe”.

C’est d’ailleurs dans ce dernier tome que l’on comprend à quel point les événements de “Rémoras” ont eu de grandes répercussions dans l’avenir et les erreurs semblent se répéter à nouveau. Il est vraiment très intéressant de voir les conséquences de ces événements, plusieurs siècles plus tard.

Encore une fois, j’ai beaucoup de choses à dire sur les personnages. Tout d’abord, l’évolution de tous les personnages depuis le premier tome est vraiment saisissante, après un an d’aventures. Beaucoup d’entre eux se sont révélés pendant que d’autres ont beaucoup changé. Il ne fallait vraiment pas se fier aux apparences.

Ensuite, Michelle Gray est un personnage très important du récit, mais reste très “discrète” et mystérieuse depuis le début. Ici, nous en apprenons enfin plus sur elle et sur son passé.

Enfin, il est très agréable de voir que tous les personnages qui apparaissent dans le récit sont ou seront importants à un moment donné et qu’ils ont tous une “utilité” bien précise. Il n’y a pas un seul personnage qui apparaît sans raison et sans véritable but ou “histoire personnelle” et on ressent vraiment leurs profondeurs. Rien n’est laissé au hasard.

Cité depuis le tout premier tome, “l’effacement” va se dévoiler petit à petit au fil des pages et son véritable fonctionnement semble bien plus complexe que l’on pourrait s’imaginer.

Nous en apprenons également un peu plus sur les Mentalistes.

Il est vraiment très intéressant de (re)découvrir certains passages du Tome 2 d’un point de vue bien différent et avec de nouvelles informations.

Une fois de plus, les auteurs ont le don de nous donner des fins de chapitres assez frustrantes tellement on veut connaître la suite. Ils sont également très doués pour brouiller les pistes et nous emmener dans des directions bien différentes de ce que l’on aurait pu imaginer (comme pour la véritable identité de Julia par exemple, mais pas que…)

Dans ma chronique du Tome 2, je disais que j’avais peut-être deviné une certaine intrigue. Alors, c’était bien le cas, mais je ne m’attendais absolument pas à ce qu’elle évolue dans ce sens.

Je dois dire que je ne savais vraiment pas comment l’histoire allait se terminer et j’ai vraiment été étonné par son déroulement. Je m’attendais cependant à ce qu’un nom familier nous soit révélé dans la dernière phrase du roman et c’est bien le cas. Mais en découvrant ce fameux nom, je n’ai pu que me mettre à rire face à cette situation plus qu’ironique tellement je ne m’attendais pas à ce que ce soit CE nom qui soit révélé. Comme pour “Rémoras”, je ne pense pas que l’on puisse imaginer la fin que prendra la trilogie dès le début, et même à quelques chapitres de la fin d’ailleurs. J’ai également beaucoup aimé que certaines intrigues aient été “laissées en suspend”, tout en nous donnant assez d’informations pour nous imaginer leur dénouement. Un grand bravo à M.I.A pour m’avoir encore eu avec une fin des plus surprenantes.

En conclusion, un dernier tome et une trilogie plus que réussie, au dénouement vraiment très surprenant et différent des autres histoires de ce genre. Un roman un peu comme la vie, loin du happy end, sans que tout soit noir non plus et qui une fois de plus (ai-je besoin de le répéter ?) nous fait beaucoup réfléchir, et ce sur de nombreux sujets. Alors, peut-être que les auteurs n’apportent pas toutes les réponses (comme dans Max), mais ils ont au moins le mérite de poser les questions et de pousser leurs lecteurs à la réflexion. Une saga dont j’avais hâte de connaître la fin, mais dont j’étais triste de quitter.note_10

La couverture est dans la lignée des précédentes et représente toujours très bien la saga.note_couv_08

Citations

— Soledad laissa échapper un rire dépourvu de toute joie. Si j’étais assez courageuse pour en finir moi-même tu crois que j’aurais attendu pendant des semaines que le ciel nous tombe dessus en écartant les cuisses dix fois par jour ? Tu sais très bien que j’en suis incapable… À combien de reprises te l’ai-je dit ? Ta trahison est d’autant plus dégueulasse… Tu m’as piégée…
— Et je regrette pas de l’avoir fait…
— Je ne te pardonnerai jamais?
— Jamais, c’est sacrément long.. Qui sait ce qui nous attend avant d’y arriver ?

Pas de vue extérieure, pas un bruit, pas un contact humain, aucun contrôle sur rien, à part le droit d’utiliser le distributeur et l’eau, et absolument rien faire… Combien d’effacés choisissent le bouton rouge au bout de quelques jours seulement ? Moi, au moins, j’ai de quoi lire… Mais eux ?

— J’ai des regrets, mais pas de remords.
— Je t’avoue que je n’ai jamais vraiment saisi la différence…
— Disons que parfois je pleure, mais qu’au fond je sais que je referais les choses de la même façon. Ma conscience n’est pas responsable de ma tristesse.

— Non, ça, c’est le début de la banlieue. Pas terrible, c’est vrai.
— La banlieue ?
— Toutes les grandes villes ont une banlieue, plus ou moins éloignée. C’est encore le cas à mon époque.
— À quoi ça sert ? C’est laid et à l’abandon. Notre camp, à Cassie et moi, était moins laid. Et pourtant, ce n’était pas le paradis, tu peux me croire !
— C’est là que sont installés tous les trucs qui dont tache dans la ville même. On les laisse un peu à l’écart, pour éviter de les avoir sous le nez en permanence. Les usines, les immeubles à bas prix, et tous les gens qui sont trop pauvres pour vivre ou travailler ailleurs. Comme ça, la ville est plus agréable pour ceux qui s’y trouvent.
— C’est dégueulasse !

juillet 23 2016

La Faille – Volume 2

21-la-faille-tome-2Auteurs : M.I.A

Titre : La Faille – Volume 2 : La traque de Romeo

Édition : Éditions Hélène Jacob

Collection : Science-fiction / Anticipation

Date de parution : 07/06/2014

Genre : Science-fiction / Anticipation / Dystopie

Nombre de Pages : 308

Nous voici aujourd’hui avec la cinquième chronique du Mois M.I.A, où je vous présente la suite de La Faille. Alors, ai-je aimé, ai-je été déçu ? Je vous laisse le découvrir.

À la fin du tome précédent, nous avions laissé nos héros traverser un point de passage étrange et inconnu, sans savoir où il pouvait bien déboucher et un Victor qui venait de gagner du temps sans son procès, tout en constatant que le voyage d’Echo et Roméro dans le passé avait probablement eu des répercussions sur le présent, sans que personne ne s’en rende compte.

Nous retrouvons donc nos héros dans un passé encore plus lointain, précédent même le fameux “Grand Cataclysme” et ils vont maintenant tout faire pour comprendre ce qu’il s’est vraiment passé ce 1er février 2 508.

Tout d’abord, j’ai pris beaucoup plus de plaisir que dans le premier tome à découvrir les scènes se passant en 4 501, époque d’origine d’Echo, Roméo et Victor, avec plus d’action et plus de personnages. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié les personnages de Margaret et India, même si cette dernière n’apparaît pas longtemps.

Pour rester dans le cadre des personnages, j’avoue avoir été très surpris par le personnage de Mile, plutôt secondaire et antipathique dans le premier volet, on apprend ici à beaucoup mieux le connaître et on découvre quelqu’un de bien différent et même de très attachant.

Le personnage de Michelle Gray, membre du conseil en 4 501, semble bien plus important qu’il n’y paraît et on se pose énormément de questions à son sujet et sur ses véritables origines et intentions.

Comme on a pu le comprendre dans le premier volume, la société futuriste dressée par les auteurs propose des classements sociaux numérotés et que l’on peut gravir de différentes façons. Ici, on nous révèle qu’il faut atteindre le niveau six pour pouvoir espérer avoir un enfant (ou bien alors, s’inscrire sur une liste d’attente interminable). Alors oui, peut-être que cette société ne manque de rien, ils n’ont pas faim, ils n’ont pas soif, ils n’ont pas de guerres, mais ils n’ont, en réalité, quasiment aucune liberté “primaire”. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Il y a plusieurs révélations dans ce Tome 2, mais malgré celles-ci, on se pose encore plus de questions et le suspens reste présent à chaque page.

Dans l’interview sur “Le Cycle des Temps”, Hélène nous a révélé s’être inspirée d’une scène de Doctor Who. En tant que grand fan de la série, j’ai tout de suite reconnu ce clin d’oeil à une scène qui m’avait déjà beaucoup touché à la télévision et à laquelle ils rendent un très bel hommage.

Il est dommage de ne pas en apprendre plus sur les Mentalistes, mais, qui sait, peut-être dans le dernier tome ?

Les auteurs manient les cliffhanger et le suspens avec brio, nous poussant à dévorer le roman pour connaître le fin mot de l’histoire. Et je ne parle pas ici seulement des fins de chapitres, car même en plein milieu, un personnage pourra apprendre quelque chose de très important, sans que le lecteur sache vraiment de quoi il s’agit et devra attendre plusieurs chapitres avant d’avoir la révélation tant attendue.

Sans trop spoiler l’histoire, un passage du roman est vraiment triste, mais nécessaire, dans le fait qu’il aide à faire avancer l’histoire et les personnages dans la bonne direction.

J’avais deviné certaines intrigues à l’avance, mais sans forcément anticiper la façon dont les auteurs ont finalement décidé de les aborder et je pense également avoir deviné une autre intrigue, mais je devrais attendre le dernier tome pour en avoir la confirmation. Ceci étant dit, ne vous en faites pas, j’ai évidemment été surpris par la plupart des intrigues et j’ai vraiment hâte de connaître certaines choses que je n’arrive pas à anticiper.

La fin est réussie et donne vraiment envie de connaître la suite.

En conclusion, j’ai beaucoup aimé ce deuxième tome qui est une nouvelle fois totalement réussi.note_10

La couverture est fidèle à celle du premier tome et totalement cohérente avec l’histoire.note_couv_08

Citations :

Remonter le temps ? Ben, pourquoi pas ? C’est pas plus délirant que les tempêtes électriques, l’eau contaminée, les gamins qui parlent aux animaux, les vêtements qui rendent invisible ou une porte dans une montagne…

— Mais non, ça c’est le signe que t’es crevé, c’est tout ! Misère… Je voyage avec un type qui sait pas qu’il a une bite et un gosse qui cause aux animaux et entend des voix dans sa tête… Je sortirai jamais d’ici vivant !

— Tu es toute blanche, toute maigre et toute… sale.
— C’est mieux que d’être toute morte.

— Et le chant, Miles ? Qu’as-tu vu pendant qu’ils chantaient ?
— C’est pas tant ce que j’ai vu que ce que j’ai… vécu. Une impression que je peux pas décrire, étranger. Comme s’il manquait les mots qui vont avec, tu vois… En tout cas, c’était quelque chose d’unique et de pas humain, pour sûr. Un truc qui a failli te rendre dingue d’ailleurs.
[…]
— C’était un chant de fin du monde, Miles. La fin d’une espèce, ou la fin de la vie. Je ne sais pas. J’ai vu le néant qui va s’abattre sur l’existence de tous ceux qui vivent ici. Comment est-ce possible ? Comment neuf enfants peuvent déclencher un pareil sentiment juste en te regardant et en chantant dans leur tête ?

— L’être humain n’est naturellement ni bon ni mauvais, Margaret. Il est ce que les circonstances et la société dans laquelle il vit lui permettent d’être, en bien comme en mal. Ça demande beaucoup de courage, de vouloir remettre en cause le système familier et rassurant quand lequel on a toujours vécu. Du courage et même une certaine forme de folie.

juillet 20 2016

Interview M.I.A – Max

Vous voulez en savoir un peu plus sur Max et sur les différents choix des auteurs ? Hélène vous dit tout.

1. Pourriez-vous nous présenter Max ?

« Max » est un thriller fantastique que certains de nos lecteurs ont qualifié de « fable philosophique », mais aussi de « sacrée claque qui réveille », ce qui vous permet de voir qu’il est compliqué de classer ce livre.  Ce roman est particulier parmi les huit livres que nous avons écrits à ce jour, puisqu’il s’agit du seul qui n’est pas rattaché à une trilogie ou à un ensemble plus vaste.

Il se déroule sur une semaine, en temps réel, à La Nouvelle-Orléans. On y découvre une série de crimes odieux qui paraissent tous rattachés à un ancien flic, Zachary, et à un mystérieux personnage qui s’appelle Max.

Ce livre propose une construction narrative très différente de celle que nous avons choisie pour nos autres titres : il est entièrement au présent, chaque partie correspondant à un jour de la semaine, avec un système de « voix » entremêlées qui racontent à tour de rôle un aspect particulier de l’histoire, de façon strictement interne, à l’exception du premier chapitre de chaque journée, qui lui est en narration externe objective (comme une caméra qui filmerait les faits).

Trois de ces voix apparaissent chaque jour (les deux « héros », Zachary/Abigail, et la voix du « mal »), tandis que les autres ne s’expriment qu’une fois au cours du livre.

L’ensemble est un peu structuré comme un puzzle, d’une certaine façon, quand on considère la manière dont les chapitres et les séquences sont imbriqués.

2. D’où vous est venue l’idée de Max ?

Comme d’habitude, d’une simple idée (Seb, pour ce livre-là) qui est devenue un concept solide après quelques heures de discussion, puis une structure, puis un plan, puis un ensemble cohérent où nous avons pu glisser tout ce que nous désirions rattacher à cette histoire (des thèmes qui tournent principalement ici autour des pires travers du genre humain).

Nous voulions avant tout faire « gamberger » les lecteurs, et on peut dire que c’est apparemment réussi, car c’est certainement celui de nos livres qui a le plus généré de réactions épidermiques.

Quelques lecteurs sont d’ailleurs, je le pense sincèrement, passés à côté de notre intention avec cette histoire, puisqu’ils ont cru que nous cautionnions personnellement le discours de la voix du mal, en finissant par confondre auteurs et narrateur. S’ils nous connaissaient dans la vraie vie, ils feraient vite la part des choses ! 🙂 C’est intéressant de voir ces réactions, de constater à quel point ce livre parvient à vraiment ébranler nos lecteurs.

3. Pourquoi avoir choisi La Nouvelle-Orléans comme décor ?

Pour de nombreuses raisons…

C’est tout d’abord un carrefour de cultures (anglaise, française et espagnole, notamment) en raison des conditions initiales de sa création, ce qui fait que c’est une ville unique aux États-Unis pour tout ce qui a trait à l’architecture, aux coutumes, à la langue, à la cuisine, etc. De quoi disposer d’une énorme matière pour bâtir nos scènes et leur ambiance unique.

Ensuite, c’est une ville empreinte de « magie », de superstitions et de « vibrations » étranges… Une toile de fond indispensable pour les aspects fantastiques de l’intrigue.

Enfin, c’est une ville qui a terriblement souffert (avec Katrina, en particulier) et qui offre des contrastes sociaux/économiques/politiques particulièrement intéressants : c’est une ville riche par sa culture, mais où une partie importante de la population est très pauvre ; vibrante de musique et de tous ces touristes qui lui donnent les couleurs de la diversité et de la liberté, mais où règnent aussi de grandes injustices et de vrais problèmes de mixité sociale ou de répartition des richesses, dont les origines remontent à l’ère où l’esclavage existait encore.

On y trouve des demeures créoles, un bateau à aubes toujours en fonction, le plus long pont intégralement bâti dans l’eau au monde, des maisons laissées telles quelles après Katrina, que la municipalité n’a toujours pas détruites pour reconstruire de nouveaux logements, de multiples associations qui œuvrent pour les pauvres, mais aussi de grandes affaires de corruption. Il y fait très chaud une grande partie de l’année, le Vieux Carré ne dort presque jamais, les festivals de jazz s’y succèdent, c’est là qu’est né Louis « Satchmo » Armstrong… À elle seule, cette ville est déjà un roman ! 🙂

4. En parcourant le roman, on se croirait vraiment à La Nouvelle-Orléans, quel a été le montant de recherches effectué sur la ville et y êtes-vous déjà allés en personne ?

Non, malheureusement, jamais en personne, et nous rêvons tous deux de pouvoir enfin y aller ! 🙂

Le roman s’est construit avec plus de cent cinquante heures de lectures/visionnages, mais je possédais une base solide de mon côté, heureusement, en raison de mes études (ayant porté en particulier sur la civilisation américaine et toute la période de l’esclavage, jusqu’à son abolition, ainsi que sur la « condition noire » moderne aux USA).

Et surtout, nous avons usé de Google Maps, principalement en mode « street view », au ras du sol, pour décrire fidèlement chaque rue, chaque bâtiment important, y compris lorsqu’il s’agissait d’un bateau, d’un café ou d’un quai. Aucun lieu n’a été inventé. L’endroit où déjeune Zachary chaque matin, le bar où il tente de se saouler le soir, la boîte « Siberia » avec sa cuisine russe dont la fenêtre ouvre dans le mur du fond de la salle pour servir les clients, ou encore les virages du quai qui longe le Woldenberg Park et où se déroule une mystérieuse course dans le livre : tout est fidèle à la réalité, au mètre près.

Ce souci du détail n’est pas juste une lubie, mais la volonté de permettre au lecteur qui le souhaiterait de suivre le parcours de chacun des personnages, d’aller découvrir lui aussi tous ces lieux en faisant quelques recherches simples sur Internet, pour vraiment s’immerger dans l’ambiance de la ville.

Pendant toute la phase d’écriture (trois mois environ), j’ai arpenté quotidiennement et virtuellement chaque décor que nous avions choisi, durant plusieurs heures, pour vraiment m’imprégner du plus petit détail et pouvoir l’exploiter : la largeur d’un trottoir à un carrefour spécifique, le placement d’une grille ou d’un mur à tel autre endroit, la position des tombes du cimetière St Louis n° 1 ou de celle de l’esclave inconnu, près de l’église St Augustine, les particularités du pont qui traverse le lac Pontchartrain, etc. J’ai même écouté les radios locales de la ville, appris des recettes de cuisine typiques et suivi toutes les vidéos de la chaîne gonola.com. Tout n’allait pas servir, bien sûr, mais l’ambiance dans mon fauteuil, devant l’écran, était calée sur celle de là-bas. Une fois complètement immergée dans l’atmosphère de la ville, j’ai pu en restituer ce qui me fascinait le plus, sans plus avoir à me poser de questions. 🙂

Nous avons même poussé le bouchon jusqu’à donner à Zachary, vers la fin du livre, un lieu de rendez-vous qu’il reçoit sous forme de coordonnées GPS : si le lecteur les entre dans Google Maps, il trouvera le lieu en question, dans le bayou. Oui, oui, vous pouvez essayer, vous verrez… ^_^

5. Pourquoi et comment avez-vous choisi la maladie dont souffre Zach ? (Maladie de Willis-Ekbom)

D’abord, parce que c’est une maladie dont souffrent plusieurs femmes de ma famille, dont ma mère et moi-même (à un niveau bien moindre qu’elle, à ce jour, mais qui empire tout doucement avec les années). J’en connaissais toutes les facettes, du ressenti physique aux émotions les plus sombres, quand la colère et le sentiment de ras-le-bol deviennent inévitables.

C’était donc une maladie « idéale » pour le personnage de Zachary (le manque de sommeil poussé à l’extrême fait peu à peu perdre les pédales à n’importe qui), car sa perception de sa propre situation pouvait alors osciller entre le réel et une certaine forme de folie. Durant une bonne partie du roman, lui-même n’est pas du tout sûr que tout ce qui lui arrive est réel, car il est au stade ultime de la maladie, celle où dormir plus de trois heures par jour dans des conditions « normales » devient un exploit. Ça donne une matière formidable pour travailler le personnage.

Nous avons choisi de le pousser, en raison de son caractère, vers une espèce de nonchalance désabusée où il traite le mal par le mal (en essayant de s’abrutir méthodiquement par l’alcool), tout en étant profondément ironique quand il commente son état. C’est un homme complexe dans ses actes et ses pensées, alors que son désir principal est on ne peut plus simple : il veut juste enfin dormir une nuit d’affilée !

En plus de cela, il s’agissait pour moi de rendre hommage (à la sauce M.I.A !) à ma mère qui lutte contre ce calvaire depuis des années, tout en faisant un pied de nez personnel à la maladie, du genre « tu me gâches l’existence et parfois j’envisage l’avenir avec inquiétude, mais tu vois, tu ne m’empêches pas d’écrire, au contraire ! ».

Enfin, c’est une maladie terriblement méconnue, alors qu’elle touche environ 10 % de la population mondiale, à des degrés divers, en fonction des pays. De nombreux médecins ne savent pas la diagnostiquer, par simple ignorance, et il s’agit souvent d’un cauchemar sans fin pour les personnes qui en souffrent, car on ne sait pas toujours ne serait-ce que leur nommer cet ennemi invisible. C’était donc notre petite contribution pour mieux la faire connaître.

Bien sûr, quand j’ai proposé ce choix à Seb (plutôt qu’une maladie mieux connue ou qu’une addiction « classique »), il a tout de suite été partant, parce qu’il connaissait ma situation personnelle et savait qu’on bâtirait notre mise en scène autour de Zachary à partir d’un problème peu abordé dans les livres de fiction, ce qui serait original, et que je connaissais très bien.

6. Est-il difficile de se mettre dans la tête d’un psychopathe ou d’imaginer des meurtres ?

Non, pas vraiment, en ce qui nous concerne ! 🙂 (Et là, les lecteurs de votre blog commencent à se demander si nous ne sommes pas un peu dérangés !!)

En fait, si vous voulez tout savoir, nous avons procédé ainsi : nous avons d’abord choisi quelles « faiblesses humaines » correspondraient respectivement à chaque jour de la semaine, lors du second niveau de plan initial, puis nous avons choisi le crime qui traduirait le mieux chaque choix. À partir de là, le lieu et la « voix » du jour en ont découlé, chaque crime devant être commis dans un district différent et par une personne différente, avec une méthode bien spécifique et symboliquement liée au thème du jour.

Le choix des méthodes est presque infini, il faut simplement faire preuve d’inventivité et vérifier soigneusement chaque détail médico-légal. Seb et moi-même étant tous deux de gros adeptes de la littérature de type polar, nous avions de quoi être inspirés. Et puis nous avons une imagination un peu tordue… ^_^

Quelques lecteurs n’ont pas très bien saisi cet objectif de symétrie, d’un jour à un autre, avec un crime quotidien qui ouvre le bal à chaque fois. Par exemple, on nous a fait le commentaire suivant : « Dès le mardi soir, on a compris que chaque jour serait composé d’un meurtre, d’un chapitre sur Abigail, d’un autre sur Zachary, et d’une diatribe sulfureuse du marionnettiste… » Oui, mais c’est justement l’objectif, et tout a été fait pour ça : que le lecteur s’attende à cette construction dès le mercredi et cherche, durant chaque chapitre introductif, qui va être le meurtrier du jour, comment il va s’y prendre et, surtout, quel prétexte justifie son action…

Il ne s’agit pas d’un polar, mais bien d’un thriller fantastique, encore une fois : l’enquête n’est que subsidiaire, ce qui compte, c’est pourquoi ces meurtres sont jugés comme indispensables par celui qui les orchestre.

Et bien sûr, pendant que les jours s’égrènent et que les crimes s’enchaînent, on assiste parallèlement au calvaire d’Abigail et à ses efforts désespérés pour rester en vie sans sombrer dans la folie.

7. Quels genres de questions, sensations ou réactions vouliez-vous faire ressentir à vos lecteurs avec Max et pensez-vous avoir atteint votre objectif ?

Objectif atteint pleinement, je crois, même si nous regrettons que certains lecteurs aient mélangé auteurs et narrateur, en pensant que nous étions d’accord avec tout ce que la voix du mal raconte. J’avoue que ça nous a laissés perplexes… 🙂

Quand un lecteur nous dit : « je n’ai pas aimé votre livre, parce que je ne suis pas d’accord avec ce qui est dit dedans », je m’interroge… Le but même de la fiction n’est-il pas justement de déranger, de secouer, de mettre le doigt là où ça démange, pour bousculer les gens et les pousser à s’interroger ?

Nous ne sommes vraiment pas adeptes des livres qui laissent indifférents ou qui brossent le lecteur dans le sens du poil, avec Seb ; ceux où tout est « bien rangé » à la fin, où les méchants sont punis, où les bonnes intentions sont récompensées. Pour nous, cela revient à prendre les lecteurs pour des imbéciles. Car le monde ne ressemble pas du tout à cela : si l’on y rencontre de belles personnes, il est aussi plein de gens jaloux, d’homophobes, d’arrivistes, de racistes, etc. C’est un monde profondément injuste, inégalitaire, violent, fait de pauvreté et d’exploitation de l’homme par l’homme. Nous en avons la preuve chaque jour, à l’échelle d’un quartier ou de la planète tout entière.

Combattre ces horribles tendances ne devrait pas se résumer à les masquer ou les édulcorer, pour faire comme si elles n’existaient pas ; au contraire, à notre avis. Il faut absolument les évoquer, les pointer du doigt en les montrant exactement comme elles sont : hideuses.

Si l’on considère le premier crime, par exemple, la scène de viol qui ouvre le livre (tant pis, je spoile un peu !) : elle a scandalisé quelques personnes, qui l’ont jugée trop violente et même « pornographique », bien que l’acte lui-même prenne à peine deux pages au sein de ce chapitre. Vous connaissez beaucoup de viols qui sont calmes, propres et pudiques, vous ? 🙂 Bien sûr que c’est violent, horrible et honteux. C’est un crime, qui a une raison très précise de figurer au sein du récit, d’ailleurs. Il était hors de question de le rendre moins traumatisant, car c’est un acte dévastateur pour la victime. Ce serait une insulte pour toutes les femmes qui ont été violées un jour que d’amoindrir ce crime en le rendant moins brutal.

Je me demande donc si, parfois, les réactions virulentes de certains (rares, heureusement !) de nos lecteurs à propos de « Max » ne sont pas la conséquence d’une forme de « mauvais réveil », comme s’ils nous en voulaient un peu d’avoir secoué le cocotier pour leur agiter certains aspects (très laids) du monde sous le nez.

Cela ne nous empêche pas de mettre en avant de beaux comportements humains et ce livre contient aussi de nombreuses réactions courageuses et altruistes, chez plusieurs des personnages. Mais, encore une fois, ce n’est pas parce qu’on est « gentil » et animé par de bonnes intentions qu’on gagne forcément à la fin… malheureusement.

En résumé, nous voulions créer une expérience de lecture plus dérangeante encore qu’avec nos autres titres… et je crois que nous avons vraiment atteint notre objectif avec ce livre. 🙂

Et pour approfondir encore un peu le sujet, je vous propose cette vidéo : M.I.A en interview Roue Libre avec Kathy Dorl :

Catégorie : Interview, M.I.A | Commenter
juillet 18 2016

La Trappe

20-la-trappeAuteurs : M.I.A

Titre : La Trappe

Édition : Éditions Hélène Jacob

Collection : Thrillers

Date de parution : 05/07/2012

Genre : Anticipation / Suspense

Nombre de Pages : 84

Aujourd’hui, je vous présente “La Trappe”, nouvelle en cinq chapitres, se situant entre “Rémoras” et “La Faille”.

Tout le long du récit, nous suivons Jérémy, qui se trouve sur une trappe dont on ne connaît pas la véritable utilité et qui nous raconte les nombreux événements qui l’ont amené jusqu’ici.

Format de l’histoire oblige, les nombreux événements se succèdent et ne nous laissent pas le temps de nous ennuyer. En plus de cela, on ne cesse de se demander quelle est la véritable fonction de la Trappe, le compte à rebours avant son ouverture se rappelant à nous ponctuellement.

Pour avoir lu “La Trappe” après la trilogie “La Faille”, on retrouve plusieurs éléments de cette dernière, comme les Mentalistes et le Module, et c’est assez intéressant de voir tous ces éléments à leur époque d’origine.
Je vous conseille d’ailleurs de lire cette nouvelle avant le Tome 3 de “La Faille”, qui contient notamment un spoiler sur la fin de l’intrigue.

Et justement, bien que j’ai été spoiler par ce dernier volume de “La Faille”, je me suis quand même fait avoir par les auteurs. Je me disais “bon alors, quand est-ce que ça vient ?” alors qu’en fait, tout était là depuis le début (désolé si j’ai un peu de mal à m’expliquer, mais je ne voudrais pas vous spoiler, justement lol). Dans tous les cas, même si je n’avais pas été spoiler, je ne pense pas que j’aurais été capable d’anticiper la véritable “fonction” de la Trappe, ni le dénouement de cette nouvelle.

J’ai donc une nouvelle fois beaucoup apprécié cette histoire qui complète encore un peu plus l’univers du “Cycle des Temps”.note_10

La couverture est assez simple, mais je l’adore, elle intrigue et correspond parfaitement à l’univers du récit et des auteurs.note_couv_10

Citations :

C’était le premier braquage de banque depuis plus de quinze ans, si je ne me trompe. Le précédent date d’avant la réforme globale du système pénal. À une époque où on pouvait encore taper une pomme sur un étalage sans prendre six mois ferme. Aujourd’hui, il faut être fou pour s’en prendre à un épicier et je ne vous parle même pas des banques. Fou ou complètement désespéré, comme nous l’étions.

Au siècle dernier, il paraît que la loi fonctionnait sur la base d’un truc qu’ils appelaient la présomption d’innocence. Un procès pouvait prendre des années et les accusés avaient des droits. Aujourd’hui, les peines sont appliquées immédiatement, grâce à l’efficacité du Module, qui centralise toutes les données. Celui qui vole le lundi et se fait choper le mardi se retrouve en tôle le mercredi, pour six mois au minimum, mais plus souvent pour vingt ans. Simple, rapide et efficace.

Parlez plutôt de contrôle des déplacements et des libertés. Vous savez comme moi que les stériles, les vieux et les inactifs ne sont pas prioritaires. Pour ça et pour tout le reste. Nous sommes des citoyens de seconde zone.

juillet 16 2016

Max

19-maxAuteurs : M.I.A

Titre : Max

Édition : Éditions Hélène Jacob

Collection : Thrillers / Suspense

Date de parution : 08/06/2015

Genre : Thrillers / Suspense / Fantastique

Nombre de Pages : 342


Cette semaine, nous faisons un voyage à la Nouvelle-Orléans avec MAX, le sixième roman de M.I.A.

Le mal absolu existe-t-il ?
C’est l’été. Une chaleur étouffante enveloppe La Nouvelle-Orléans, à quelques jours du Satchmo SummerFest qui fait affluer les touristes. Des crimes étranges et particulièrement barbares sortent brutalement la ville de son insouciance estivale. Le vice a-t-il définitivement happé La Nouvelle-Orléans ou la source de cette violence est-elle plus profonde, plus noire, plus animale ?
Zachary, ancien flic et détective privé sur le retour, arpente chaque nuit les rues de la métropole. Parviendra-t-il à mettre fin à ce jeu macabre auquel il se retrouve involontairement mêlé ? Mais surtout… découvrira-t-il qui est vraiment Max ?
Max, un thriller fantastique inclassable qui ne vous laissera pas insensible.

Le roman est divisé en sept parties, représentant les sept jours de la semaine.

Le premier chapitre de chaque partie (sauf le dernier) est raconté à la troisième personne et présente une personne aux apparences “normales” commettre un acte horrible et cruel. Les autres chapitres sont racontés à la première personne, mais on retrouve le point de vue d’un personnage différent à chaque chapitre (comme souvent avec M.I.A). La narration en “je” permet vraiment d’être immergé dans la tête de celui qui parle et c’est vraiment très intéressant.

L’atmosphère est plutôt sombre, mystérieuse et parfois même pesante.

Zach, notre privé de circonstance, souffre d’une maladie rare que l’on va découvrir tout au long du récit et qui a gâché la vie de notre héros. Il a aussi des genres de “visions” qui ne semblent pas surnaturelles, mais qui intriguent aussi bien le personnage que le lecteur.

L’antagoniste de l’histoire agit un peu comme un maître du jeu en déplaçant ses “pions” vivants à des fins inconnues, mais plus que malsaines. C’est un personnage à la psyché très complexe et qui semble très pervers. Au fil des pages, on en vient même à se demander s’il est humain, tant il se sent supérieur aux autres, ou bien si c’est “simplement” un malade qui se prend pour Dieu. Mais il faudra attendre la fin du récit pour en avoir le coeur net.

Sur le fond, on se rend rapidement compte qu’on est sur du M.I.A, critiques de la société, réflexions sur les religions, le racisme, l’homophobie, la fin de vie et autres sujets de société, ce roman nous pose beaucoup de questions dont c’est à nous de trouver les réponses. Sur la forme, cependant, on est plutôt loin de ce qu’ils ont l’habitude de faire, avec des passages vulgaires ou crus, du sexe et de la violence, ainsi que de la narration à la première personne. Mais ce style d’écriture correspond parfaitement à l’histoire et la sert à merveille, tout en prouvant que M.I.A sait s’adapter, prendre des risques et évoluer pour ne pas nous proposer “toujours la même chose”.

J’ai également beaucoup aimé la façon de “présenter” le bien et le mal dans ce roman.

Je dois aussi dire que le roman regorge de notes de bas de pages très intéressantes et instructives, principalement sur la Nouvelle-Orléans, mais aussi sur d’autres sujets et c’est très agréable.

Il me semble également avoir aperçu quelques petits clins d’oeil aux opus précédents des auteurs, notamment à Rémoras, mais je me trompe peut-être.

Je ne suis absolument pas déçu par la fin de l’histoire, mais je dois dire que je m’y attendais beaucoup. Elle est cependant bien réussie.

En général, j’écris mes chroniques tout de suite après la lecture et quelques passages au fil de ma lecture. Max ne fait pas exception à la règle, mais je me suis rendu compte, plusieurs jours plus tard, que les thèmes abordés dans le roman me revenaient souvent et que j’en parlais beaucoup autour de moi et même si ces sujets sont abordés de façon plutôt “extrémiste”, ils poussent vraiment à réfléchir et à se poser des questions. Je ne m’en étais pas rendu compte tout de suite, mais je pense qu’on ne ressort pas “indemne” de la lecture de Max.

En bref, j’ai beaucoup aimé ce roman, qui une nouvelle fois fait beaucoup réfléchir (c’est une habitude avec les romans de M.I.A), qui possède une vraie ambiance et où le suspens est présent du début à la fin et avec lequel j’ai passé un très agréable moment, regrettant même de devoir le terminer. Le seul défaut est que la fin ne m’a pas surprise malgré son originalité (j’ai par contre adoré la phrase finale, faisant référence à la toute première phrase du roman).

note_10

J’aime énormément la couverture de MAX, elle reste simple, mais percutante.note_couv_10

Citations :

Le vrai tour de force de votre sainte mère l’Église a bien été de passer d’un Dieu vengeur et violent à un Dieu d’amour et de pardon, en seulement quelques pages. Cette incohérence millénaire devrait sauter aux yeux d’un enfant de 5 ans, mais la foi, ce mot magique, a su l’effacer. C’est pratique, cette acceptation aveugle qui fait du croyant un être faible par définition. Car si l’on peut croire à cette farce, on peut tout croire et l’on oublie alors le plus puissant des dons humains. Le doute.

Plus de 10 % de la population mondiale est atteinte, mais la majorité des personnes souffrantes n’ont pas la moindre idée de ce qui leur arrive. Problèmes circulatoires chez les adultes et hyperactivité chez les gamins, voilà les diagnostics qu’on colle à la plupart des gens, faute de savoir ce qu’ils ont.

J’aime tous les Hommes, sans distinction, surtout quand ils brûlent !

Un homme politique est par définition d’une intelligence très limitée, car il doit se montrer malléable et ne jamais résister à ses maîtres. Et surtout, il faut qu’il soit totalement dépourvu de morale. Son unique objectif doit être le pouvoir et ce qui va avec – les femmes et les courbettes, pour faire simple –, mais il ne doit jamais se rendre compte qu’il n’a aucun réel pouvoir, qu’il ne commande rien et ne fait qu’obéir, comme un bon chien à qui on a pris le soin d’enlever les dents, au cas où…

juillet 13 2016

Interview M.I.A – Le Cycle des Temps

Cette semaine, on retrouve Hélène qui répondra aujourd’hui à des questions concernant Le Cycle des Temps, soit les cinq premiers romans de M.I.A, Rémoras, La Trappe et la trilogie La Faille.

1. Pourriez-vous nous présenter « Le Cycle des Temps » ?

Il s’agit d’un titre non officiel que nous avons donné à l’ensemble constitué par « Rémoras », la longue nouvelle « La Trappe » et la trilogie « La Faille », lorsque nous avons publié le dernier volume de celle-ci, fin 2014.

Les cinq livres se répondent et forment une boucle globale entre le présent (2012), un futur proche à moins d’un siècle et un futur beaucoup plus éloigné décliné sur trois périodes, tous les événements des cinq livres étant liés par le socle initialement construit dans « Rémoras ».

Chacun s’inscrit néanmoins dans un genre différent (respectivement en thriller de politique-fiction, anticipation et science-fiction dystopique), ce qui donne des choix de construction, de mise en scène et de plume très différents.

2. Comme je le dis dans ma chronique, on a beaucoup de mal à distinguer le vrai du faux dans « Rémoras ». Quel est donc le pourcentage de véracité dans le roman ?

Lors de l’écriture, nous voulions conserver environ 80 % de réalité (simplement « détournée », pour nous éviter des problèmes, avant tout !) et 20 % de fiction pure.

Nous avons travaillé sur la base d’informations directement issues des milieux dits « non autorisés » (je ne peux malheureusement pas en dire beaucoup plus sur ce point, pour des raisons de confidentialité) et sous le contrôle de personnes toujours en poste dans des fonctions proches de celles de nos trois héros. Ces « consultants » ont pu vérifier que tout ce qui était dans « Rémoras » était réaliste (sans que le public le sache nécessairement) ou avait toutes les chances de se produire à très court terme.

La frontière entre réalité et fiction était si fine que nous avons dû carrément modifier des chapitres entiers pendant la phase d’écriture du livre (qui a duré presque un an), car l’actualité nous rattrapait en temps réel, ce qui faisait soudain de nos propos des copiés-collés du contenu des journaux. Or, nous voulions maintenir le trouble et pousser les lecteurs à se dire « et si ? » en permanence. C’est une des raisons qui a rallongé la durée d’écriture, d’ailleurs.

Quatre ans après la publication du livre, il ne reste pas grand-chose de fictionnel dedans, en vérité. Le grand public se plaît à parler de « théories du complot » et autres commentaires similaires qui lui permettent de maintenir des propos comme les nôtres à distance, en les minimisant, mais nous savons (avec certitude) à quel point il n’y a rien de fantasmé dans tout ça.

Ceci étant dit, nous comprenons qu’il soit plus simple de refuser l’acceptation du monde tel qu’il est devenu : c’est aussi une manière de se protéger pour le citoyen qui n’a pas envie d’affronter la dureté et la violence de notre existence.

3. Pourquoi avoir choisi l’autoédition pour le lancement de Rémoras ?

Pour deux raisons principales : le besoin de contrôle absolu du contenu et le désir de maîtriser la diffusion à notre manière.

Tout d’abord, nous ne voulions d’aucune censure ou déformation du texte (en raison des sujets abordés et des personnages, directement inspirés de personnes réelles que nous ne voulions surtout pas trahir). Nous savions qu’aucune maison d’édition ne prendrait de premier livre co-écrit de plus de 500 pages dans un délai court, de toute façon, or (comme je viens de l’expliquer dans la question précédente) il fallait que le roman soit rapidement publié, afin de conserver sa pertinence.

Ensuite, pour la diffusion, nous voulions mettre l’accent sur le numérique et utiliser de nouveaux modes de diffusion. Ma propre expérience dans l’édition traditionnelle (j’ai deux livres publiés dans une filiale d’Albin Michel) ne me donnait pas envie de retenter l’expérience pour « Rémoras », pour des questions de méthodes, de prix et de marketing. Nous aurions été trop frustrés, c’est à peu près certain. 🙂

À nous deux, nous pouvions tout gérer de A à Z sans problème, pourquoi nous en priver ?

4. Les couvertures de cette série (et même celle de MAX d’ailleurs) sont très sombres et majoritairement noires, y a-t-il une raison particulière ?

Parce que c’est la couleur de M.I.A. 🙂 Plus sérieusement, le noir est ma couleur préférée (même s’il n’en est pas une, techniquement parlant) depuis le plus jeune âge et je crois pouvoir affirmer que Seb l’affectionne tout particulièrement aussi.

Elle reflète l’esprit de nos livres, plutôt sombre, et permet de magnifiques compositions par contraste. C’est un peu notre marque de fabrique, désormais.

Une petite remarque, au passage… Avez-vous remarqué que tous nos titres contiennent la lettre « A » ? Ce n’est pas un hasard non plus… 🙂

5. Pourquoi avoir décidé de placer l’intrigue de « La Faille » plusieurs siècles après « Rémoras » ?

Nous avons fait ce choix principalement pour deux raisons.

D’abord, pour avoir la possibilité de travailler à partir d’un univers « futuriste » où nous pourrions réinventer à notre manière les aspects sociaux et technologiques de l’époque (par exemple, la notion de « Collecteuses » et de « Traqueurs », les bornes de contrôle de la santé ou le principe des « niveaux » à gravir pour accéder à certains privilèges), même s’ils restent très proches de ce que nous connaissons aujourd’hui, pour montrer qu’il existe une continuité entre les époques.

Mais surtout, parce qu’il fallait partir d’un point temporel assez éloigné pour que les retours en arrière d’Echo et de Romeo puissent être situés à des moments distants et clairement identifiables, tout en restant distincts de l’époque choisie pour « La Trappe ».

En résumé, chacun des livres devait « communiquer » avec les autres, mais posséder sa propre couleur et des enjeux bien particuliers.

6. En écrivant « Rémoras », aviez-vous déjà une idée de la suite que vous alliez lui donner ?

Dès le début de la préparation de « Rémoras », nous avons décidé que nous ne voulions pas lui donner une suite directe, dans le sens où les personnages de ce premier livre ne reviendraient pas (même si certains lecteurs ont longtemps cru le contraire et voulaient connaître le sort de l’un des trois héros principaux, dont la mort n’est jamais confirmée).

Par contre, nous étions convaincus qu’analyser les conséquences des événements présentés dans « Rémoras » serait intéressant et que nous avions beaucoup de matière avec laquelle travailler pour développer tout ça.

Notre premier roman a été écrit pour se suffire à lui-même, mais nous étions nous-mêmes frustrés de ne pas pouvoir exprimer notre vision de ce que le monde allait devenir. Alors, nous avons décidé de rester dans cet univers, sous forme de nouvelle, en imaginant un instantané du monde près d’un siècle plus tard, ce qui a donné « La Trappe ».

Il s’agissait d’un trait d’union pour nous mener à « La Faille », trilogie qui boucle complètement la boucle et creuse notamment cette question : « ce qui a été fait dans “Rémoras” mène-t-il au salut de l’humain ou à sa perdition ? »

Le thème est resté commun, mais le genre a évolué d’un livre à l’autre : la politique-fiction a cédé la place à l’anticipation, puis à la SF dystopique avec la trilogie, ce qui nous a permis de changer de mise en scène, de construction narrative et de plume à chaque fois.

7. Je sais qu’une option pour une adaptation télévisée avait été placée sur « Rémoras », pouvez-vous nous en dire plus là-dessus et nous dire où ça en est ?

Pas de suite concrète, malheureusement, mais c’est le cas de 95 % des prises d’option et nous n’en attendions pas grand-chose, pour être honnêtes. Que « Rémoras » ait séduit un producteur quelques mois après sa publication reste le plus important à nos yeux, étant donné qu’il s’agit d’un livre tout sauf consensuel et que nous étions deux auteurs sortis de nulle part quand la proposition de prise d’option nous a été faite. 🙂

8. Combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire cette saga ? (Notamment Rémoras qui fait quand même plus de 500 pages)

L’ensemble des cinq livres de ce cycle représente une période d’écriture étalée entre janvier 2011 et octobre 2014. Mais, comme je l’ai expliqué précédemment, il faut considérer que nous consacrons la moitié du temps passé sur chaque livre en pure préparation, avant que je rédige la première ligne. Et il y a des périodes où nous baissons sérieusement la cadence, pour gérer nos autres projets et activités.

En fait, si nous n’avions qu’à nous occuper de nos livres, nous pourrions en moyenne en publier quatre par an, peut-être même cinq. 🙂

9. Quelles ont été vos inspirations pour « La Faille », notamment pour la création des mondes futuristes ?

Plus que des sources d’inspiration, il y a surtout de nombreux hommages personnels à diverses œuvres en tout genre, dans cette trilogie. Des séries, des jeux vidéo, des films, quelques livres lus il y a des années.

Il s’agit souvent d’un petit détail, presque d’un clin d’œil, comme la scène du chant des Mentalistes (je n’en dis pas trop pour éviter les spoilers), par laquelle je voulais saluer à ma manière une scène issue d’un épisode de Doctor Who (saison 4 contemporaine, « Planet of the Ood ») qui m’avait marquée. Rien à voir avec notre histoire, donc, mais c’était ma façon d’introduire un élément personnel dans le récit.

Pour chaque époque et chacun des lieux, nous avons longuement discuté du décor, des « placements de caméra » à choisir, selon que l’on était dans la ville de l’époque la plus avancée ou dans la nature sauvage des nomades. À Utopia, les scènes prennent souvent de la hauteur et sont vécues dans un univers propre et épuré, alors que les actions dans le passé se déroulent au ras du sol ou dans ses profondeurs, avec une certaine confusion liée à la présence d’un environnement hostile.

Il est évident que nos idées sont la synthèse de toutes nos inspirations personnelles mises en commun, mais comme nous mélangeons et discutons tout durant des dizaines d’heures, nous limitons aussi le risque d’une influence quelconque, puisque le résultat est vraiment le produit original de nos deux cerveaux.

10. Si vous deviez réécrire l’intégralité du « Cycle des Temps » aujourd’hui, vous y prendriez-vous de la même façon ou changeriez-vous certaines choses ?

Comme je le dis souvent quand on nous pose cette question, nous pensons que chaque livre est le produit d’une époque particulière, d’un moment précis de notre vie et de notre état intérieur, de l’actualité, de l’air du temps, de nos propres interrogations ou obsessions à un instant donné de notre existence.

Le livre est ce qu’il doit être (à partir du moment où l’on a tout fait pour qu’il soit aussi bon que possible) et nous ne faisons pas du tout partie des auteurs qui reviennent dix fois sur leur récit une fois que tout le travail est terminé. Il est temps de passer à autre chose, lorsque la publication a eu lieu, de s’investir dans une autre histoire.

À partir de là, imaginer ce que serait « Rémoras » si l’on devait l’écrire aujourd’hui n’a pas vraiment de sens, d’après moi, car peut-être qu’on ne l’écrirait pas du tout et qu’on choisirait carrément une histoire différente. Chaque livre reflète notre état personnel à un instant précis et nous avons vécu tellement de choses, en cinq ans…

Après, si l’on parle purement de technique et d’organisation, il est certain que nous sommes trois fois plus efficaces aujourd’hui qu’en 2011. Nous avons rodé nos méthodes de travail pour pouvoir au moins publier deux livres par an, nous travaillons plus vite, nous avons affiné notre système de mise en route et de préparation, livre après livre.

En ce sens, nos premiers livres seraient peut-être différents, oui, mais qui sait ? Il faudrait remonter le temps, comme Echo, pour le découvrir… 🙂

Catégorie : Interview, M.I.A | Commenter